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La crisis politique au Nicaragua, selon le Monde.

  • 16 avril : des feux de forêt mobilisent les étudiants

Une première manifestation est organisée dans la capitale, Managua, par des étudiants pour protester contre la gestion des feux de forêt qui ont embrasé pendant plus d’une semaine la réserve naturelle d’Indio Maiz, dans le sud du pays. Ils reprochent au gouvernement d’avoir tardé à envoyer pompiers et troupes maîtriser l’incendie et d’avoir refusé l’aide du Costa Rica voisin. La police et l’armée sont déployées et écrasent la manifestation à coup de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène.

  • 18 avril : deuxième manifestation contre le gouvernement

A l’initiative d’étudiants, une nouvelle manifestation est organisée à Managua contre la réforme des retraites voulue par le gouvernement, qui devait augmenter les cotisations (de 0,75 % pour les travailleurs et 3,5 % pour les employeurs) et abaisser les pensions des retraités de 5 %. Des milliers de retraités et d’étudiants descendent dans les rues et la manifestation tourne à l’émeute. Le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), au pouvoir, dénonce un complot de la droite et réprime violemment la marche, faisant huit blessés.

Le lendemain, les manifestations s’étendent à d’autres villes du pays et font les premiers morts de la crise, deux étudiants et un policier. L’un des principaux groupes d’étudiants contestataires, le Mouvement 19-Avril, tire son nom de cette journée.

  • 22 avril : Ortega recule

Le président annonce l’annulation de la réforme des retraites pour tenter de mettre fin à la contestation qui a déjà fait une trentaine de morts en une semaine. « Nous voulons rétablir l’ordre. Nous ne pouvons pas permettre que le chaos et les pillages s’installent », déclare-t-il à la télévision. L’armée est déployée dans les grandes villes, mais les Nicaraguayens ont été profondément choqués par la brutalité de la répression et le mouvement ne faiblit pas.

  • 28 avril : les revendications s’élargissent

Une Marche « pour la paix et la justice » a lieu à Managua, à l’initiative notamment de l’Eglise catholique. Les milliers de manifestants cessent de faire référence à la réforme de la sécurité sociale et réclament la démocratie, une réforme du système électoral, le départ de Daniel Ortega et de son épouse et des élections anticipées.

Des catholiques demandent la fin de la violence depuis le toit de la cathédrale métropolitaine, à Managua, le 28 avril.

Deux jours plus tard, le président répond par une démonstration de force : une manifestation de soutien réunit des milliers de ses partisans dans la capitale. A la tribune, il appelle à la paix et au dialogue.

  • 16 mai : l’impasse des négociations

Le Dialogue pour la Paix, présidé par la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), débute à Managua. Il réunit le gouvernement et la société civile, et vise à trouver une issue à la crise. Le gouvernement s’est engagé, en préparation de la rencontre, à cesser la répression des manifestants et permettre à la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) d’enquêter sur les morts de protestataires. Le Dialogue sera suspendu le 23 mai, faute de consensus entre les parties. Repris, puis abandonné à plusieurs reprises, il n’a à ce jour pas abouti.

  • 30 mai : journée sanglante pour la « Marche des mères »

A l’occasion de la Fête des mères nicaraguayenne, une autre manifestation d’ampleur, la « Marche des mères », regroupe des centaines de milliers de manifestants qui rendent hommage aux jeunes tués depuis le début de la contestation. La répression sandiniste est d’une grande violence, tireurs d’élites et paramilitaires à moto sèment l’effroi, faisant 15 morts et 200 blessés parmi les protestataires. En réaction, le patronat désavoue Daniel Ortega et réclame à son tour sa démission.

  • 13 juillet : une église criblée de balles

Les forces gouvernementales attaquent une église de Managua où s’étaient réfugiés plus d’une centaine d’étudiants délogés de l’Université nationale autonome du Nicaragua, alors que le pays entrait dans sa deuxième grève générale. L’opération est brutale : pendant presque vingt heures, la troupe tire sur l’église et deux étudiants sont tués d’une balle dans la tête, tandis que 14 autres sont blessés. Le siège n’est levé qu’avec l’intervention du cardinal Leopoldo Brenes, président de la CEN. L’événement creuse encore d’avantage le fossé qui sépare le régime et l’Eglise, alors que le clergé est déjà depuis quelques jours la cible d’attaques de partisans du président.

« Le gouvernement du Nicaragua dépasse la limite de ce qui est inhumain et immoral, fustige le lendemain, sur Twitter, l’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Managua, Silvio José Baez. La communauté internationale ne peut pas y être indifférente. »

  • 17 juillet : Masaya échappe à l’opposition

Les forces gouvernementales reprennent par la force la ville de Masaya, à 35 kilomètres au sud-est de Managua. Dans cette ville de 100 000 habitants, devenue épicentre de la contestation, plus de 1 500 policiers, militaires et paramilitaires armés de fusils d’assaut délogent les contestataires équipés de mortiers artisanaux et abattent les barricades.

Le jour même, treize pays d’Amérique latine réclament « la cessation immédiate des actes de violence », l’ONU et l’Union européenne en font autant. Le lendemain, des sénateurs américains présentent un projet de loi prévoyant des sanctions contre les membres du régime, tandis que l’OEA condamne les violations des droits de l’homme.

  • 18 août : la mobilisation se maintient

Alors que s’achève le quatrième mois de mobilisation, des milliers de manifestants descendent dans les rues de Managua et exigent la démission de Daniel Ortega. Isolé à l’intérieur comme à l’international, il s’accroche toujours au pouvoir et veut finir son mandat, censé durer jusqu’en 2021. La crise dure et aucune résolution ne semble se profiler à l’horizon. Plus de 300 personnes sont mortes et plusieurs milliers ont été blessées, 23 000 Nicaraguayens ont également fui vers le Costa Rica, où les structures d’accueil sont surchargées.

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